Une école qui se dit islamique engage des responsabilités que ni un logo, ni une formule de bienvenue ne sauraient porter à eux seuls.
Se réclamer d'une chose ne suffit pas à l'être
Il est facile d'apposer le qualificatif « islamique » sur une enseigne. Mais l'Islam, dans son texte fondateur, distingue clairement entre l'affirmation et la réalité. Allah ﷻ dit dans le Coran :
قُلْ إِنْ كُنْتُمْ تُحِبُّونَ اللَّهَ فَاتَّبِعُونِي يُحْبِبْكُمُ اللَّهُ
Āl ʿImrān, 3 : 31
« Dis : si vous aimez Allah, suivez-moi, et Allah vous aimera. »
L'amour, tout comme l'appartenance, se prouve par la conformité aux actes, non par la seule déclaration. Dans le même sens, le Prophète ﷺ a dit :
إِنَّمَا الْأَعْمَالُ بِالنِّيَّاتِ
« Les œuvres ne valent que par les intentions. »
Rapporté par al-Bukhārī (n° 1) et Muslim (n° 1907)
Une école islamique ne se définit pas par le fait de commencer les séances par le salām ou d'accorder cinq minutes pour la prière. Ces pratiques sont louables, mais insuffisantes. Ce qui fait l'islamité d'un établissement, c'est la cohérence globale entre la vision du monde qu'il transmet et les principes révélés, dans les contenus, les méthodes, les valeurs et la relation enseignant-élève.
L'Islam et l'excellence éducative : les mérites pour les parents
L'Islam confère à l'éducation un rang parmi les actes les plus nobles qui soient. Allah ﷻ dit :
يَرْفَعِ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا مِنْكُمْ وَالَّذِينَ أُوتُوا الْعِلْمَ دَرَجَاتٍ
Al-Mujādalah, 58 : 11
« Allah élève en degrés ceux d'entre vous qui ont cru, et ceux à qui le savoir a été accordé. »
Mais l'enjeu dépasse la personne instruite : il concerne ses parents et ses maîtres.
إِذَا مَاتَ الإِنْسَانُ انْقَطَعَ عَمَلُهُ إِلَّا مِنْ ثَلَاثَةٍ: إِلَّا مِنْ صَدَقَةٍ جَارِيَةٍ، أَوْ عِلْمٍ يُنْتَفَعُ بِهِ، أَوْ وَلَدٍ صَالِحٍ يَدْعُو لَهُ
« Quand l'homme meurt, ses actions s'arrêtent, sauf trois : une aumône continue, une connaissance dont on tire profit, ou un enfant pieux qui prie pour lui. »
Rapporté par Muslim (n° 1631), d'après Abū Hurayra رضي الله عنه
Ce hadith révèle une vérité fondamentale : un enfant bien éduqué devient une sadaqa jāriya (une œuvre perpétuelle) pour ses parents. Chaque prière que l'enfant accomplit, chaque bienfait qu'il répand dans la société, remonte à ceux qui l'ont formé. À l'inverse, un enfant mal instruit peut devenir, pour ses géniteurs, une source de péchés continus après leur mort.
Confier son enfant à une école, c'est donc confier une part de sa balance des œuvres (mīzān) à un établissement. La question que tout parent devrait se poser : à qui je fais cette confiance, et pour quel résultat ?
La responsabilité religieuse des enseignants : une évidence coranique
Dans l'islam, l'enseignant n'est pas un simple prestataire de service intellectuel. Il est, dans une certaine mesure, un berger (rāʿin). Le Prophète ﷺ a dit :
كُلُّكُمْ رَاعٍ وَكُلُّكُمْ مَسْؤُولٌ عَنْ رَعِيَّتِهِ
« Chacun de vous est berger, et chacun est responsable de son troupeau. »
Rapporté par al-Bukhārī (n° 893) et Muslim (n° 1829)
Mais la responsabilité va plus loin encore. Celui qui enseigne, que ce soit un bien ou un mal, en partage les conséquences :
مَنْ سَنَّ فِي الإِسْلاَمِ سُنَّةً سَيِّئَةً كَانَ عَلَيْهِ وِزْرُهَا وَوِزْرُ مَنْ عَمِلَ بِهَا مِنْ بَعْدِهِ لاَ يَنْقُصُ ذَلِكَ مِنْ أَوْزَارِهِمْ شَيْئًا
« Quiconque instaure dans l'islam une mauvaise pratique portera sa charge et la charge de ceux qui l'auront suivie, sans que cela ne diminue d'un iota le poids de leurs propres péchés. »
Rapporté par Muslim (n° 1017), d'après Jarīr ibn ʿAbd Allāh رضي الله عنه
Ce texte ne concerne pas uniquement les prédicateurs. Il concerne quiconque transmet, y compris un enseignant qui diffuse, même involontairement, une vision du monde contraire à l'Islam. La salle de classe est un lieu de formation des âmes, pas uniquement des intellects.
Les risques concrets : témoignage d'un professeur d'histoire
En tant qu'enseignant d'histoire-géographie, je suis quotidiennement confronté à des contenus qui, traités sans discernement, peuvent fragiliser la foi d'un élève. Voici trois exemples précis.
Le siècle des Lumières : quand la raison veut remplacer Dieu
Le programme présente les Lumières comme une grande avancée : à partir du XVIIIe siècle, des penseurs européens affirment que la raison humaine doit primer sur les textes religieux. En clair : si la religion dit une chose et que ma raison dit autre chose, c'est ma raison qui a raison.
Est-ce que ça peut impacter mon enfant ?
Oui, et pas qu'un peu. Car cette idée, l'histoire islamique l'a déjà connue, bien avant les Lumières. Les Muʿtazilites, au IXe siècle, faisaient exactement la même chose : ils soumettaient le Coran au jugement de leur raison. Résultat ? Ils affirmèrent que le Coran était « créé ». Une position que les grands savants de l'époque, dont l'Imām Ahmad ibn Hanbal, refusèrent catégoriquement, même sous la torture et l'emprisonnement.
Enseigner les Lumières sans faire ce lien, c'est laisser l'élève croire que cette idée est moderne et progressiste, alors qu'elle a déjà conduit, en terre d'Islam, à de graves déviations de la ʿaqīdah.
Le féminisme : un « progrès » universel ?
Le manuel présente la montée du féminisme au XXe siècle comme un progrès évident, valable partout et pour tout le monde. Toute organisation différente de la famille ou des rôles entre homme et femme y apparaît implicitement comme un retard à dépasser.
Est-ce que ça peut impacter mon enfant ?
Oui. Une élève musulmane qui lit ces pages sans aucune mise en contexte risque d'intérioriser une chose dangereuse : que ce que l'Islam enseigne sur la femme, la famille et la complémentarité des sexes serait arriéré ou injuste. Elle n'est pas formée à lire ce contenu de manière critique ; elle le reçoit comme une vérité universelle.
Le rôle d'un enseignant islamique n'est pas de nier cette histoire, mais de situer ce mouvement dans son contexte : il est né dans une société particulière, avec des réponses à des problèmes particuliers. Ce n'est pas la vérité de l'humanité entière.
L'humanisme : l'Homme à la place de Dieu ?
La Renaissance introduit l'humanisme : l'idée que l'Homme est au centre de tout, la mesure de toutes choses. C'est une révolution par rapport au Moyen Âge européen, où Dieu occupait cette place centrale.
Est-ce que ça peut impacter mon enfant ?
Absolument. Car cette idée est à l'opposé du tawḥīd. Dans l'Islam, l'humain n'est pas la mesure de toutes choses : il est le khalīfa (vicaire) d'Allah sur terre, avec une mission et des limites. Allah ﷻ dit : « Je n'ai créé les djinns et les hommes que pour qu'ils M'adorent. » (Adh-Dhāriyāt, 51 : 56).
Un élève qui retient que « l'Homme est au centre de l'univers » sans jamais entendre la réponse islamique a reçu, sans le savoir, une vision du monde concurrente de la sienne, directement dans sa salle de classe.
Conclusion
Une école islamique digne de ce nom ne se contente pas de soigner les apparences. Elle prend au sérieux la responsabilité spirituelle de ses enseignants, forme ses élèves à lire le monde à travers un référentiel islamique cohérent, et accompagne les parents dans leur aspiration la plus profonde : que leur enfant soit, dans ce monde et dans l'autre, une source de bien.
La prochaine fois que vous confiez votre enfant à un établissement qui se dit « islamique », posez la question qui compte vraiment : quelle vision du monde va-t-on lui transmettre, et qui en sera responsable devant Allah ?